Notre allaitement

L’allaitement… une évidence pour moi. 

Je me demande si j’ai déjà songé nourrir mes enfants autrement. Bien avant ma grossesse je savais que j’allaiterais. Pourtant, les exemples ne fusaient pas autour de moi. J’ai moi-même été allaitée très peu de temps. Deux ou trois semaines selon les souvenirs de ma mère. D’ailleurs, quand elle m’en parle, je sens beaucoup de regrets. « Tu sais, nous à la maternité, on nous faisait déjà donner des biberons même quand on allaitait. On nous disait que c’était la tétée puis le biberon. On était conditionnés ». Conditionnés… « et puis le médecin m’a dit de sevrer, parce que tu avais des coliques. Je n’aurais pas dû l’écouter. Ça se passait bien, et des coliques tu as continué à en avoir. » Dirigés… « pour ton frère je n’avais pas assez de lait » Mal informés… Voilà le cocktail idéal pour une génération d’enfants peu allaités.

Et puis j’ai grandi, est venu le désir d’enfant, très tôt j’ai su que j’aurais des enfants. Et qu’ils seraient allaités. 

Quand cela devient concret! 

Et puis pendant la grossesse, j’ai eu besoin de me documenter sur l’allaitement. Pourquoi tous les allaitements que je connaissais se finissaient par un « je n’avais plus assez de lait ». J’ai dévoré le livre « L’art de l’allaitement maternel » de La Leche League, j’y ai appris plein de choses. J’ai été rassurée sur l’allaitement. Appris que le manque de lait n’existait pas vraiment. Qu’il était majoritairement induit par des mauvaises pratiques. Comme faire patienter l’enfant un certain nombre d’heures, lui donner une tutute, le laisser pleurer… J’étais rassurée et outillée pour commencer mon allaitement. Lors d’un cours de préparation à l’accouchement, je m’entends encore répondre à la question « combien de temps comptez-vous allaiter? » « j’aimerais allaiter exclusivement pendant 6 mois, après on verra ». Et puis il y a eu cette discussion avec une cousine qui m’a aussi marquée. Elle a allaité son aîné durant trois ans et demi. Une éternité pour notre société. Ça soulève même énormément de questions! De jugements aussi. De méchanceté parfois. « C’est possible? Tu vas l’allaiter jusqu’à sa majorité? Mais pourquoi? C’est malsain! Ça ressemble à de l’inceste! Il faut couper le cordon! Elle a un problème! Pauvre papa! Faudrait lui laisser son rôle de père et lui rendre ses jouets ». Elle m’a demandée si je comptais allaiter. Je lui ai répondu oui. Elle m’a dit qu’elle était contente d’entendre un franc oui. Qu’elle entendait trop souvent « je vais essayer ». « Quand on veut on peut ». Ça m’a énormément marquée. Boostée. Poussée! Je pense que dans la majorité des cas, il s’agit en effet de volonté. Alors oui, un tas de mamans vous diront qu’elles n’ont pas pu allaiter ou qu’elles n’avaient plus de lait, mais il est souvent question d’un manque d’informations, d’un allaitement géré avec des consignes horaires strictes, d’un contexte défavorable (maman isolée ou ne recevant aucun soutien), ou d’un manque de motivation. 

Et puis est arrivé ce petit bout de bébé. 

Il tétait comme un chef, mais la fameuse montée de lait se faisait attendre . La faute à un gros diabète gestationnel paraît-il. Alors on est venu m’imposer des expressions manuelles dès le retour en chambre, deux heures après la naissance, puis un tire-lait, le soir de la naissance. On m’a mis la pression. « Vous devez stimuler! Vous avez été diabétique, vous aurez un retard de montée de lait ». Et puis la fameuse pesée des 48h… « Il a perdu 10% de son poids. Vous devez lui donner des compléments ». Très gros coup dur. Je me pressais les seins comme des citrons pour les p*$%~*= d’expressions manuelles que je n’ai jamais su faire, je faisais une séance de tire-lait après chaque tétée. Et ça depuis la naissance. J’avais un idéal : allaiter exclusivement les six premiers mois. Je m’étais informée, j’y tenais énormément. J’ai pleuré, j’ai dit que je ne voulais pas de compléments. Que j’allais y arriver. Je voyais bien les quantités qui augmentaient un peu dans le tire-lait. Mon bébé qui paraissait serein. Il n’a jamais pleuré. Je n’avais pas de douleurs au niveau de la poitrine, mais j’avais lu que la montée de lait était douloureuse uniquement si les seins étaient engorgés, c’est-à-dire si le lait n’est pas exprimé. En donnant la tétée dès les signes d’éveil, en faisant les expressions manuelles et le tire-lait, il me paraissait normal de ne pas avoir de douleurs. Et puis ils ont débarqué. À plusieurs. La sage-femme, les deux auxiliaires de puériculture. Pour me dire que je devais donner des complètements. Que je n’avais pas le choix, que c’était une directive du pédiatre qui allait arriver lui aussi si je m’obstinais. À chaque tétée. J’ai craqué et j’ai donné ces compléments au DAL. Je l’ai fait pendant 24h, en attendant la prochaine pesée avec impatience, avec un bébé qui se tortillait de douleurs. Il n’a jamais pleuré. Je l’ai gardé en peau à peau tout le séjour à la maternité. Nous n’avons pas eu de nuit de Java. Jamais un pleur. Mais dès qu’il a été complémenté, il s’est tortillé de douleurs. Le lendemain, il avait pris 90g. J’étais soulagée. Je voulais arrêter les complètements. On m’a dit de continuer encore 24h. Il s’est encore tortillé de douleurs. Et puis le sixième jour, il avait encore pris du poids alors que j’avais arrêté de lui donner les compléments. J’ai demandé à sortir. J’ai senti beaucoup de pression, un avis du pédiatre très mitigé. Et puis la sage-femme qui nous avait suivis tout le séjour est venue me féliciter de tout ce que j’avais fait. M’a dit que je m’en sortais très bien. Ça m’a fait plaisir et ça m’a donné du courage. 

Enfin sortis! 

J’ai continué à tirer mon lait après (presque) chaque tétée pendant un mois. C’était épuisant. Et puis sont venus les pleurs… un reflux gastro-œsophagien, des besoins intenses, une allergie aux protéines de lait de vache à travers mon lait. Un bébé qui pleurait énormément et tétait énormément. Pour se nourrir, s’endormir, se soulager… il dormait par tranches de 20 minutes, jour et nuit, moi aussi… C’était atroce. Et la pression de l’entourage était forte. « Tu n’as pas assez de lait. Il a faim. Ton lait ne lui suffit pas. Le bébé d’untel est au biberon et il dort. Untel a donné tel lait et son bébé n’a plus jamais pleuré. Tu devrais arrêter. C’est pas bon pour toi. On ne te reconnaît plus. Il faut que tu dormes, donne lui un biberon. L’allergie c’est pas une vraie allergie hein? Tu lis trop de trucs. Laisse le pleurer. Mets-le dans sa chambre. Arrête de le porter, ce sont des caprices. Bon, maintenant que son reflux est traité, sois ferme, c’est de la comédie. De toutes façons va bien falloir sevrer, tu vas pas l’allaiter jusqu’à ses 18 ans, deux mois c’est assez. On fait des très bons laits maintenant. Tu devrais faire analyser ton lait, il n’est peut-être pas bon. Faut être con pour continuer à allaiter en 2014 quand ça se passe mal, laisse le papa donner des biberons, faut lui laisser son rôle de père aussi ». Toutes ces phrases, je les ai entendues. Elles ne m’ont pas aidée. Au contraire. Elles m’ont fait énormément de mal, m’ont mises hors de moi aussi. Je me souviens encore très précisément de chaque phrase assassine et de la personne qui l’a dite. Et une maman épuisée n’a pas besoin de ça. Une autre non plus me direz-vous. 

On avance ! 

Alors après, quand bébé finit par grandir, quand son reflux s’estompe, que l’allergie est prouvée, qu’il devient souriant et ne pleure plus à longueur de temps, les gens te trouvent bien fermée, ils te disent que la maternité t’a changée, que tes conneries de bouquins sur l’allaitement et la parentalité positive te montent à la tête. Et bien je vais vous dire un truc.  Ce qui m’a le plus changée, ce qui m’a rendue hermétique, ce qui m’a monté à la tête, ce sont toutes ces phrases assassines entendues pendant ces longs mois où j’avais juste besoin de soutien (et de sommeil aussi). Où j’avais une volonté de fer, où je sentais ce que je devais faire pour mon bébé, mais où je doutais constamment étant donné que je nageais à contre-courant. 

Et puis en fait… 

L’allaitement c’est aussi cette petite bouille repue qui s’endort en lâchant le sein, le lait de maman qui lui coule sur la joue. C’est savoir endormir et rendormir son bébé en un éclair. Soulager ses maux et ses chagrins en un instant. Une complicité, un attachement sécure, une confiance en soi. De l’ocytocine qui vous procure un bien-être instantané à tous les deux. Et un papa qui a toute sa place, un petit garçon bien dans ses pompes et qui adore son « papa chéri ». 

Aujourd’hui cela fait 3 ans, 7 mois et 26 jours qu’il est allaité. Je n’aurais jamais cru aller si loin. Je ne l’envisageais même pas. Les tétées sont bien sûr moins fréquentes, moins systématiques, plus discrètes, moins ébruitées. Mais il y en a encore. Et il y en aura encore tant qu’il en aura besoin. C’est ce qu’on appelle le sevrage naturel. C’est possible, et c’est envisageable. Du moment que les seules personnes ayant leur mot à dire sont heureuses : papa, maman et l’enfant! 

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Je vous rappelle mes deux précédents billets sur l’allaitement : 

Plus de lait

L’allaitement simplement

 

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